[revue de presse]


OÙ LE TEMPS S’ARRÊTE ET SANS CHAUSSURES

Un baiser qu'on n'arrive jamais à attraper, 02/06/2011, Théophile Dubus (extraits).

En créant "Où le temps s’arrête et sans chaussures", variation sur le thème de l’enfance et adaptation du conte de Peter Pan, les cinq membres de la Compagnie de L’éventuel Hérisson bleu souhaitent pousser un cri : "un cri des vieux enfants que nous sommes, une claque dans la figure des adultes que nous avons peur de devenir". Avec trois fois pas grand chose et en resserrant le récit originel, ils nous invitent à redécouvrir quelques unes des étranges aventures de Wendy, de Mr. et Mrs. Darling, des enfants perdus et de Peter Pan et, ce faisant, nous proposent d’assister à un rite onirique, quelque part entre l’exorcisme et la sublimation, entre le rêve et le récit, entre danse, théâtre et narration, entre mue et régression, dans un entre-deux insaisissable : un rite qui se tiendrait quelque part à Neverland (...).

Devant un rideau blanc qui ressemble à ces draps que les enfants tendent quand ils construisent des cabanes dans leurs lits ou font des spectacles dans le salon, on voit Wendy, dans sa robe rouge de l’âge adulte, redevenir, parce que la narratrice lui a chuchoté un secret à l’oreille, à force de danser, l’enfant qu’elle était. Puis, ce seront les Darling, dans la légèreté de leurs premières années, se muant, par la magie d’une changement de costume, en un couple ennuyé et lassé de soi-même. Se succéderont, ensuite, pendant presque deux heures, dans une langue gracieuse et poétique, dans laquelle de larges pans ont été ménagés pour l’improvisation, les divers épisodes de cette épopée douce-amère, anti-récit initiatique, qui va de l’enfance qui ne se soucie de rien sinon du jeu à l’âge adulte qui regrette de ne plus savoir voler.

D’emblée, les cinq membres de la compagnie ont choisi de situer leur récit dans le domaine du souvenir : ce qui est déjà passé, ce qu’on regrette. Si le récit est mélancolique, point de nostalgie stérile dans la manière dont ils s’en emparent : bien au contraire - et c’est en cela qu’ils font mouche et sont, par moment, particulièrement émouvants, ils rejouent l’histoire avec une ferveur et une énergie, loin de tout scepticisme, qui donne envie de croire que, même maladroitement, même une seconde, à l’image de Mr. Darling, il est possible de réapprendre à voler et que raconter les choses, sans ironie ni tendresse condescendante, suffit à les faire revivre.

C’est après tout naïf de croire qu’il suffira d’une bougie dans la main d’une comédienne pour qu’apparaisse le Capitaine Crochet ; c’est naïf de croire qu’encadrer le plateau d’un fil auquel sont tendues des chaussures donnera à voir le Pays imaginaire ; c’est naïf de croire qu’une danse donnera à comprendre que les personnages volent ; c’est naïf de croire que, quand on a vingt ans, on peut jouer un Enfant Perdu, Mrs Darling et la Fée Clochette, à l’image de Lou Chrétien qui, avec une grâce, une sensibilité et une densité de jeu incroyables, passe d’un rôle à l’autre, sans jamais se départir de sa légèreté et de sa joie à, simplement, jouer ...

Oui, c’est naïf, dans le même temps et pour les mêmes raisons, très émouvant - et c’est bien ça qui est beau dans ce spectacle qu’on a envie d’applaudir chaleureusement, c’est bien ça qui donne envie de suivre les prochaines créations de cette compagnie prometteuse (à venir : une adaptation de rien moins qu’Hamlet, puis de Frankenstein).

Oui, c’est très ambitieux (la première version durait quatre heures) - et ces cinq créateurs se donnent les moyens d’être à la hauteur de leurs désirs. Oui, ça ose, avec simplicité. Oui, c’est drôle (les improvisations des enfants perdus sont particulièrement efficaces) et aussi déchirant (la douleur et le désamour des Darling, qui nous plongent, au beau milieu de ces rêves, dans des intérieurs bourgeois que ne renieraient ni Bergman (!) , ni Lagarce (! !) ni Hammershoi(! !!) est donnée à voir avec une rigueur et une distance parfaite), oui, ça donne à rêver et à penser (...). Oui, ça soutient la comparaison, sans hésiter, avec le conte original. Et, oui, oui, oui, trois fois trois oui, ça, qui est, en fait, tout simplement, du jeu, du théâtre, donne envie de réapprendre à voler. lire l'article

 

17/05/2011, Davi Juca (extraits).

"La troupe de l'éventuel Hérisson bleu nous propose une variation très personnelle sur le conte de Peter Pan de James Barrie. L'univers de l'enfance auquel ce mythe fait habituellement référence, est ici un miroir sur le monde des adultes. L'écriture de Milena Csergo s'intéresse avant tout à la famille Darling, et notamment au personnage de Wendy que l'on accompagnera de sa naissance (représentée !), jusqu'à la fin de sa vie.

Le Conteur (Milena Csergo), personnage qu'on retrouvera tout au long de l'histoire, présente le couple Darling, que l'on découvre par des images fortes : silencieux, chacun de part et d'autre du plateau, ils s'élancent l'un dans les bras de l'autre à plusieurs reprises, dans une démarche suggérant l'amour et la rencontre. Ils mettent ensuite leurs habits du dimanche face public, Monsieur Darling (Antoine Thiollier) porte notamment trois cravates. On découvre ensuite l'univers onirique de Wendy (Marion Bordessoulles qui a une belle présence), empreint de naïveté et de simplicité, et la mise en scène, avec un drap et deux chaises, un matelas ou encore son jouet préféré, une tête de cheval tenue sur un bâton, suffisent à la faire voyager.

L'humour et la fantaisie se mêlent peu à peu à des images plus noires et violentes, portées par des personnages comme la fée Clochette, incroyable Lou Chrétien (qui est aussi Madame Darling), le visage caché par sa chevelure, la voix désarticulée et dont on finit par se demander si c'est une fée ou une sorcière ! Elle s'engage dans une danse frénétique et possédante, savamment chorégraphiée, puis asperge Wendy de sa poudre magique aux beaux reflets dorés. Le monde des enfants perdus est transposé de façon tout aussi étonnante. Wendy se retrouve comme prisonnière d'un monde où l'on ne peut qu'improviser toutes sortes de jeux puis dormir, et où ses parents finissent par lui manquer. Et l'on retrouve les mêmes acteurs qui jouent les parents Darling dans le rôle des enfants perdus, empêtrés dans des habits trop larges, des chaussettes énormes, qui hissent les voiles d'un navire imaginaire grâce à des cordes disposées en avant-scène et sur lesquelles sont accrochées des dizaines de paires de chaussures qui se retrouvent ainsi suspendues dans les airs. La figure du capitaine Crochet y fait une apparition fugitive à la lumière d'une bougie, porté par la présence du Conteur. Peter Pan quant à lui (Hugo Mallon), reste tout le long un personnage mystérieux et ambigu, car s'il est souvent en mouvement, navigant entre son monde imaginaire et la réalité de Wendy, il reste la plupart du temps taiseux et réservé.

Cette belle rêverie sur le conte de Peter Pan est soutenue par l'écriture de Milena Csergo et la qualité de ses comédiens, généreux dans leurs efforts, faisant les changements de décor à vue, se frottant à la danse, à l'improvisation, et surtout défendant au mieux leur texte sous ce chapiteau à l' acoustique difficile (...).

La troupe de l'Eventuel hérisson bleu nous livre ici un spectacle audacieux et délirant, à l'esthétique simple et qui n'a rien à envier aux grosses cylindrées qui adaptent sans cesse ce mythe universel ici ou là." lire l'article

 

En route pour le luxuriant pays des parents perdus ! 08/01/2011, Laura Plas (extraits)

"(...) L’ambitieuse troupe du Hérisson bleu ose porter sur scène un texte inédit d’un des membres du collectif : Milena Csergo. Variation sur le mythe de Peter Pan, « Où le temps s’arrête et sans chaussures » offre plutôt une âpre réflexion sur les errements des adultes qu’un voyage enjoué au pays de l’enfance – même si le spectacle n’est dénué ni d’humour ni de fantaisie. Fulgurance et outrances juvéniles, maturité de la mise en scène, sont comme à l’image du mythe, et l’on aurait tort de ne pas y plonger.

Comme nombre d’histoires prétendument destinées à l’enfance, le mythe de Peter Pan recèle sa part de violence et d’amertume. C’est, Walt Disney ne saurait le faire oublier, l’histoire d’enfants rejetés par leurs parents et qui ne savent plus donner de sens au mot mère. C’est encore l’histoire d’un petit roi gracile qui est incapable d’aimer vraiment, c’est-à-dire de grandir dans la douleur de l’attachement. L’écriture de Milena Csergo, tout comme sa transposition au plateau, met en lumière cette part d’ombre. Davantage, elle réinvente la fable en offrant les plus beaux rôles à des personnages secondaires et comme maudits. Par exemple, on trouve une Clochette privée de parole articulée puis incarnée par un mouvement de rideau, ce qui la rend paradoxalement plus présente. On fait la connaissance du pathétique Capitaine Crochet, victime ici d’un Peter digne de Lautréamont. On redécouvre surtout les parents Darling.

Les moments qui mettent ces derniers en scène sont, en effet, remarquables. La mise en espace est alors signifiante, dépouillée et nette. Elle n’opte pas pour les raccourcis de l’illustration mais symbolise. Sont ainsi évoqués la liesse de la rencontre, comme le désamour ou la violence quotidienne. Est même figuré l’infigurable : un accouchement et l’inconscient. C’est une sacrée gageure et c’est, selon nous, ce qui fait la qualité du spectacle (...).

Si Milena Csergo fait surgir les ombres de la malle de nos inconscients, qu’on se rassure, le spectacle révèle aussi des pépites d’humour noir ou bleu. La triple cravate du père, et ses discours, même en anglais, font sourire. En outre, le monde un peu vide des enfants perdus et de Wendy a la grâce de ces cabanes faites de bric et de broc, de lumière aussi que l’on se fabrique dans l’ombre de sa chambre d’enfant. Le lit, quant à lui, prend des allures de navire, et les grandes chaussettes d’un enfant perdu rappellent le vert paradis des déguisements enfantins.

On l’aura compris, la pièce Où le temps s’arrête et sans chaussures offre moult ressources, interprétations, surprises. Peut-être trop… Mais c’est le caractère de la jeunesse que de vouloir tout dire. C’est le privilège de la jeunesse d’y réussir en dépit de quelques maladresses qui ont aussi leur beauté. La Cie du Hérisson-Bleu se réclame d’une esthétique de la pauvreté, on lui souhaite quand même les moyens de recourir à un musicien et à un costumier qui sauront offrir un bel écrin à son talent. On lui souhaite surtout de rencontrer le public qu’elle mérite. Vous ?"   lire l'article

 

Peter Pan, sous les étoiles exactement ! , 05/09/2010, Gérald Choquet (extraits)

"Beaucoup de poésie et une vraie grâce dans cette relecture de Peter Pan (...).

On croirait que le ciel s'était mis d'accord pour donner à la représentation en plein air de leur première pièce l'éclat qu'elle méritait. Une variation pleine de fraîcheur et de fantaisie sur Peter Pan, le classique signé James Mathew Barrie.

Alors bien sûr, pour ceux qui gardaient de cette célèbre féérie la très colorée, mais aussi très édulcorée, version disneyenne, la surprise aura été de taille. Parce que c'est bien à une relecture très libre de cette oeuvre intemporelle qu'a convié la jeune compagnie, pour son premier spectacle choral. Même si l'on retrouve évidemment Wendy, petite fille qui se promène tristement dans sa maison trop petite avec ses parents trop grands.

Et c'est justement l'itinéraire de cette rêveuse que Milena Csergo a choisi d'explorer. "Comment on grandit, qu'est-ce qu'on laisse derrière soi ?" sont les questions posées par cette comédienne qui a écrit et mis en scène la pièce (...). Fantaisie à tous les étages de cette représentation à la fois poétique et frénétique."


  

"Où le temps s'arrête...", de la ferveur, de la fraîcheur, 14/07/2010, Alain Pécoult (extraits)

Peter Pan, l'innocence, la joie dans l'instant, l'insouciance... c'est le thème de cette variation sur l'émerveillement d'un monde imaginaire tout de légèreté, et les désillusions de la vie réelle où même l'amour s'étiole et s'aigrit.

Wendy est la fille de M. et Mme Darling. Elle a capturé l'ombre de Peter Pan. Les parents sont incrédules. En leur absence, Wendy est enlevée et s'envole au Pays imaginaire, mais prise d'amour pour Peter Pan, elle en retombera pendant que ses parents chercheront vainement à la rejoindre.

C'est du théâtre, c'est aussi de la danse et c'est un très joli spectacle (...). Il y a dans cette entreprise toute la ferveur et la fraîcheur qui laissent augurer d'un futur riche de belles expériences pour cette valeureuse troupe.  lire l'article

 


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